L'an 1000

Saint Étienne et la Sainte Couronne

Couronné le jour de Noël de l'an 1000, Étienne Iᵉʳ (Szent István) fait entrer la Hongrie dans la chrétienté. Mille ans plus tard, la couronne qui porte son nom reste le premier symbole de la nation.

En bref

Étienne Iᵉʳ
Né Vajk vers 975, probablement à Esztergom ; roi de 1000/1001 à sa mort, le 15 août 1038
Canonisation
Le 20 août 1083 — date devenue fête nationale hongroise
La Sainte Couronne
Assemblage d'une couronne byzantine (XIᵉ siècle) et d'une partie supérieure latine, à la croix penchée caractéristique
Où la voir
Sous la coupole du Parlement de Budapest, depuis le 1ᵉʳ janvier 2000

De Vajk à Étienne : le choix de l'Occident

Le futur saint naît vers 975, vraisemblablement à Esztergom, sous le nom païen de Vajk. Son père, le grand-prince Géza, descendant d'Árpád — le chef de la conquête magyare —, a compris que son peuple ne survivrait pas en restant aux marges païennes de l'Europe : il accueille des missionnaires, fait baptiser son fils sous le nom d'Étienne et le marie vers 996 à Gisèle de Bavière, sœur du futur empereur Henri II. La même année, il fonde la première abbaye bénédictine du pays, à Pannonhalma, toujours en activité.

À la mort de Géza en 997, Étienne doit d'abord s'imposer par les armes contre son parent Koppány, qui revendique le pouvoir au nom de l'ancien droit tribal. Sa victoire est aussi celle d'un modèle : l'État chrétien héréditaire contre la chefferie des steppes.

Noël de l'an 1000 : naissance d'un royaume

Le jour de Noël de l'an 1000 (ou le 1ᵉʳ janvier 1001, selon les sources), Étienne est couronné roi avec une couronne envoyée, selon la tradition, par le pape Sylvestre II. Le geste est fondateur : la Hongrie devient un royaume chrétien souverain, relevant du pape et non de l'empire germanique.

L'œuvre du règne est immense. Étienne organise le pays en comitats (vármegye), ancêtres des départements actuels, crée deux archevêchés — Esztergom et Kalocsa — et huit évêchés, et ordonne que chaque groupe de dix villages bâtisse une église. Ses recueils de lois, parmi les premiers d'Europe centrale, imposent le mariage chrétien, le repos dominical et la dîme. À sa mort, le 15 août 1038, il est inhumé à Székesfehérvár, ville du couronnement de ses successeurs pendant cinq siècles. Canonisé le 20 août 1083, il devient le saint patron de la Hongrie : le 20 août reste la fête nationale, et sa relique la plus vénérée, la Sainte Dextre (Szent Jobb), sa main droite momifiée, est conservée à la basilique Saint-Étienne de Budapest, qui la promène en procession chaque 20 août.

La Sainte Couronne, un objet unique

Paradoxe assumé par les historiens : la couronne conservée aujourd'hui n'est probablement pas celle de l'an 1000. Elle réunit deux pièces d'origines différentes : la corona graeca, un diadème byzantin orné d'émaux, offert vers 1074 par l'empereur Michel VII Doukas au roi Géza Iᵉʳ, et la corona latina, des bandeaux croisés portant des plaques émaillées d'apôtres, dont l'origine exacte reste débattue. L'assemblage daterait du XIIᵉ siècle. Quant à la petite croix sommitale, penchée depuis une avarie probablement survenue au XVIIᵉ siècle, elle n'a jamais été redressée : son inclinaison fait partie de l'image même de la couronne, jusque sur les armoiries de la Hongrie.

Plus qu'un joyau, la Sainte Couronne est une doctrine : au Moyen Âge s'impose l'idée que la souveraineté appartient à la Couronne elle-même, et qu'aucun roi n'est légitime sans avoir été couronné avec elle. Le dernier à l'avoir portée est Charles IV de Habsbourg, le 30 décembre 1916, à l'église Matthias de Budapest.

Mille ans d'aventures, de Vienne à Fort Knox

L'objet a eu une vie romanesque. Volée en 1440 par une dame de cour pour le compte de la reine Élisabeth, gagée chez l'empereur Frédéric III, elle est rachetée en 1463 par Matthias Corvin. En 1849, après l'écrasement de la révolution hongroise, elle est enterrée en secret près d'Orsova, sur le bas Danube, avant d'être retrouvée en 1853. En 1945, sa garde la soustrait à l'Armée rouge et la remet aux Américains : la couronne passe la guerre froide dans les coffres de Fort Knox, aux États-Unis. Le président Jimmy Carter la restitue à la Hongrie le 6 janvier 1978. Exposée d'abord au Musée national, elle rejoint le 1ᵉʳ janvier 2000, pour le millénaire du couronnement, la salle sous la coupole du Parlement, où une garde d'honneur la veille.

Où croiser saint Étienne aujourd'hui

La couronne, le sceptre et l'épée du sacre se contemplent lors de la visite guidée du Parlement (photographie interdite dans la salle). La Sainte Dextre attend les visiteurs dans sa chapelle de la basilique. À Esztergom, ville natale présumée et premier siège de l'Église hongroise, la colossale basilique domine le Danube ; à Veszprém, « ville des reines » chère à Gisèle, et à Pannonhalma, l'empreinte du couple fondateur reste tangible. Pour situer ce règne dans le temps long, reprenez notre panorama de l'histoire hongroise.