Carnaval UNESCO

Le Busójárás, quand Mohács chasse l'hiver

Six jours durant, des centaines d'hommes en peaux de mouton et masques cornus de saule peint envahissent les rues de Mohács, sur le Danube, pour enterrer l'hiver — un rite inscrit depuis 2009 au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

En bref

Quand
Six jours avant le mercredi des Cendres, du jeudi au mardi gras (début février en 2027)
Mohács, au bord du Danube, à 45 km au sud-est de Pécs
Prix
Rues et défilés gratuits ; tribunes et programmes annexes payants
Temps fort
Le dimanche : traversée du Danube en barques et grand défilé des busós

Chasser l'hiver plus que les Turcs

La légende locale raconte que les habitants de Mohács, réfugiés dans les marais de l'île voisine pendant l'occupation ottomane, auraient revêtu masques et peaux de bêtes pour terroriser les Turcs et reprendre leur ville. L'histoire est belle — et doublement symbolique dans la ville de la désastreuse bataille de 1526 —, mais les ethnographes y voient surtout un rite de fin d'hiver apporté au XVIIᵉ siècle par les Šokci, Croates catholiques venus repeupler la région après le départ ottoman. Le vacarme des cloches, des crécelles et des cornes vise à effrayer l'hiver lui-même, comme les feux de Carnaval ailleurs en Europe. L'UNESCO a inscrit le Busójárás au patrimoine culturel immatériel en 2009, aux côtés d'autres traditions présentées sur notre page culture hongroise.

Le busó, un personnage codifié

Devenir busó ne s'improvise pas. Le masque, taillé dans du bois de saule et traditionnellement peint au sang de bête, s'orne de cornes de bélier et d'un rictus denté ; chaque sculpteur de Mohács a sa manière, et un beau masque d'atelier se négocie à partir de 30 000 à 50 000 Ft (75 à 130 €). Le costume complète la métamorphose : pelisse de mouton retournée, jambières bourrées de paille, ceinture chargée de cloches de vache et crécelle ou massue à la main. Autour des busós gravitent les jankele, garnements encapuchonnés qui frappent les passants de sacs remplis de son ou de chiffons, et des femmes voilées en costume šokac. Beaucoup de familles se transmettent masques et rôles depuis des générations.

Six jours de carnaval

Le Busójárás occupe les six derniers jours du carnaval, du jeudi (« petit carnaval », journée des enfants masqués) au mardi gras, avec concerts folkloriques, marché artisanal et dégustations — chaudrons de halászlé, la soupe de poisson du Danube, vin chaud et pálinka circulent sans interruption. Le sommet est le dimanche : en début d'après-midi, les busós traversent le Danube en barques à rames, débarquent acclamés, puis défilent par centaines — chars, canons assourdissants et cortège — jusqu'à la place Széchenyi, où un immense bûcher est allumé à la nuit tombée ; on y brûle un cercueil symbolisant l'hiver. Le mardi soir, un second bûcher et l'« enterrement du carnaval » closent la fête. En 2026, la fête a réuni ses foules du 12 au 17 février ; en 2027, comptez du 4 au 9 février environ, le calendrier suivant celui de Pâques.

Y assister depuis Pécs ou Budapest

La base idéale est Pécs, à 45 minutes de route : des bus directs relient sa gare routière à Mohács environ toutes les heures (comptez 1 500 Ft, 4 €), renforcés le dimanche du carnaval. Les hébergements de Mohács affichant complet des mois à l'avance, dormez à Pécs ou dans les villages viticoles de Villány, à 30 km, parfaits pour joindre carnaval et caves. Depuis Budapest, comptez environ 3h : train InterCity jusqu'à Pécs (voir notre page trains MÁV) puis bus, ou liaison directe en voiture par l'autoroute M6. Le dimanche, arrivez avant midi : les rues du centre se remplissent tôt, et les meilleures places pour la traversée du Danube se prennent sur la rive une bonne heure avant l'accostage. Habillez-vous chaudement — février sur le Danube pique — et laissez-vous frapper par un jankele : c'est censé porter chance.