Grand écran magyar
Le cinéma hongrois en dix films
Deux Oscars du meilleur film étranger, un Ours d'or, des plans-séquences légendaires : pour un petit pays, le cinéma hongrois pèse lourd dans l'histoire du septième art.
Les classiques, de Fábri à Szabó
L'école hongroise s'impose dès les années 1950. Un petit carrousel de fête (Zoltán Fábri, 1956), amour contrarié dans un village de la plaine, éblouit Cannes ; Les Sans-Espoir (Miklós Jancsó, 1966), huis clos en plein air dans un fortin de la puszta après l'écrasement de la révolution de 1848, invente les plans-séquences chorégraphiés qui feront école. Amour (Károly Makk, 1971, prix du Jury à Cannes) dit la dictature par le petit bout : une vieille dame à qui l'on cache que son fils est emprisonné — le film le plus délicat tourné sur les années qui suivirent l'insurrection de 1956. En 1982, Mephisto d'István Szabó, portrait d'un acteur qui vend son âme au régime nazi, offre à la Hongrie son premier Oscar du meilleur film étranger. Le pays a aussi essaimé : Michael Curtiz (Casablanca) et Alexander Korda, fondateur du cinéma britannique moderne, étaient des Hongrois partis après 1919 — Hollywood comptait tant de compatriotes qu'un panneau y aurait affiché « il ne suffit pas d'être hongrois pour faire du cinéma, mais ça aide ».
Béla Tarr et le cinéma-fleuve
Cinéaste-culte du noir et blanc, Béla Tarr filme la boue, la pluie et le temps qui passe. Le Tango de Satan (1994), adaptation en sept heures et douze minutes du roman de László Krasznahorkai — Nobel de littérature 2025, présenté sur la page littérature hongroise —, est devenu un rite de passage cinéphile. Le Cheval de Turin (2011, Grand prix du jury à Berlin), son film d'adieu, condense son art en trente plans. On peut y ajouter Kontroll (Nimród Antal, 2003), polar burlesque tourné intégralement la nuit dans le métro de Budapest — à revoir avant d'emprunter la ligne M3.
La génération des années 2010
Trois films ont remis la Hongrie au centre des palmarès : White God (Kornél Mundruczó, 2014, prix Un certain regard à Cannes), fable où 250 chiens errants se soulèvent dans les rues de Budapest ; Le Fils de Saul (László Nemes, 2015), vertigineuse plongée à hauteur d'homme dans un Sonderkommando d'Auschwitz, Grand Prix à Cannes puis Oscar du meilleur film étranger 2016 ; et Corps et âme (Ildikó Enyedi, Ours d'or à Berlin 2017), histoire d'amour entre deux employés d'abattoir qui font le même rêve. Le Fils de Saul prolonge en salle la mémoire que l'on croise au mémorial des chaussures du Danube et dans le quartier juif.
Où voir des films hongrois
À Budapest, trois salles d'art et essai passent les classiques et les sorties nationales, souvent sous-titrés en anglais : l'Uránia, palais mauresque de 1899 classé parmi les plus beaux cinémas du monde, le Művész et le Toldi ; la place coûte environ 2 500 à 3 000 Ft (6,50 à 8 €). Chaque septembre, le Budapest Classics Film Marathon projette les restaurations des Archives nationales du film. En France, la plupart des titres cités existent en DVD ou en VOD sous-titrés français (Clavis Films distribue le patrimoine hongrois, Tarr est édité par Potemkine), et Arte rediffuse régulièrement Fábri et Szabó. L'Institut hongrois de Paris (92 rue Bonaparte) programme des avant-premières sous-titrées toute l'année.
Pour replacer ces films dans le paysage artistique du pays — musique, opérette et salles de spectacle de Budapest comprises —, la page culture hongroise donne la vue d'ensemble.
En bref
- Deux Oscars
- Mephisto (1982) et Le Fils de Saul (2016)
- Le film-fleuve
- Le Tango de Satan, 7 h 12, projeté avec deux entractes
- Salles à Budapest
- Uránia, Művész, Toldi — env. 2 500 à 3 000 Ft (6,50 à 8 €) la place
- En France
- DVD/VOD sous-titrés (Clavis Films, Potemkine), Institut hongrois de Paris