Mémoire et renaissance

Le quartier juif de Budapest

Dans le VIIᵉ arrondissement (Erzsébetváros), la plus grande synagogue d'Europe voisine avec les fresques de street art et les cours réinventées : un kilomètre carré où Budapest se souvient et vit intensément.

La grande synagogue de la rue Dohány

Construite entre 1854 et 1859 sur les plans de l'architecte viennois Ludwig Förster, la synagogue de la rue Dohány est la plus grande d'Europe et la deuxième du monde : près de 3 000 places sous une nef de style mauresque encadrée de deux tours à bulbes de 43 mètres. Theodor Herzl, fondateur du sionisme, est né en 1860 dans la maison voisine. Le billet donne accès à l'ensemble du complexe : la synagogue, le Musée juif hongrois, le cimetière du ghetto et le temple des Héros. Comptez environ 12 000 Ft (31 €) avec visite guidée, dont certaines en français ; la billetterie officielle est sur jewishtourhungary.com. La synagogue ferme le samedi (shabbat) et lors des fêtes juives.

Le ghetto de 1944 et les lieux de mémoire

Le 29 novembre 1944, les autorités hongroises et l'occupant allemand enferment près de 70 000 Juifs dans un ghetto de quelques rues autour de la synagogue. Lorsque l'Armée rouge le libère, le 18 janvier 1945, des milliers de personnes sont mortes de faim et de froid ; plus de 2 000 d'entre elles reposent dans le jardin de la synagogue, cas unique en Europe pour un lieu de culte juif. Derrière l'édifice, l'Arbre de vie d'Imre Varga (1991), saule pleureur en acier dont chaque feuille porte un nom de victime, se dresse dans le parc mémorial Raoul-Wallenberg, dédié aux « Justes » qui sauvèrent des dizaines de milliers de vies, dont le diplomate suédois Wallenberg et l'Espagnol Ángel Sanz Briz. Sur les façades du quartier, des plaques marquent encore l'emplacement des portes du ghetto ; un fragment de mur est visible cour Király utca 15. Pour replacer ces événements dans le siècle hongrois, voyez notre page histoire de la Hongrie.

Trois synagogues, trois styles

Le « triangle juif » compte deux autres synagogues remarquables. Rue Rumbach, l'élégante synagogue octogonale de 1872 est une œuvre de jeunesse d'Otto Wagner, restaurée en 2021. Rue Kazinczy, la synagogue orthodoxe de 1913 déploie une superbe façade Sécession ; elle abrite toujours une communauté active, une boucherie casher et le restaurant Hanna. Un billet combiné couvre les trois édifices. Dans les rues alentour, cherchez le flódni, gâteau juif hongrois à quatre couches (pomme, noix, pavot, prune) — nos adresses sont dans où manger à Budapest.

Gozsdu, street art et vie de quartier

La cour Gozsdu (Gozsdu udvar), enfilade de sept cours intérieures percée en 1901 entre les rues Király et Dob, est devenue l'artère la plus animée du quartier : restaurants, terrasses et, le week-end, un marché d'artisanat et de brocante en journée. Les pignons aveugles du quartier servent de toiles géantes : cube de Rubik en anamorphose rue Rumbach, fresque de l'« Ange de Budapest » rue Dob et une dizaine d'autres murs peints qui se découvrent le nez en l'air. Le soir, Erzsébetváros change de visage : c'est ici que sont nés les ruin bars, ces bars installés dans des immeubles voués à la démolition, dont le célèbre Szimpla Kert rue Kazinczy. Si vous cherchez à dormir dans le quartier, préférez une chambre sur cour — nos conseils dans où dormir à Budapest.

Le quartier se parcourt à pied en une demi-journée, mémoriaux compris. Il touche presque la basilique Saint-Étienne à l'ouest ; comptez ensuite quinze minutes de marche vers le Danube et le reste des visites majeures de Budapest.

Pratique

Accès
Métro M2 Astoria ou M1/M2/M3 Deák Ferenc tér, à 5 minutes à pied
Grande synagogue
Dim.-jeu. environ 10 h-18 h (16 h le vendredi, fermée samedi), horaires réduits l'hiver
Tarif
Environ 12 000 Ft (31 €), billet combiné trois synagogues disponible
Durée
Une demi-journée avec les mémoriaux et le Musée juif